Mémoire d’un 14 juillet

Mémoire d’un 14 juillet

Cet article date du 15 juillet 2016, il a d’abord été publié sur mon ancien blog.

S’il y a une fête pour les enfants, c’est bien le 14 juillet. Quand j’étais petite, c’était pour moi une fête de tous les diables. J’avais le droit de me déguiser, de faire la retraite aux lampions, de voir le feu d’artifice et de me coucher tard. Lorsque j’étais adolescente, c’était un soir de liberté où exceptionnellement j’avais le droit de sortir seule avec mes amis et de voir mon couvre-feu augmenté d’une demi-heure. Une vraie bouffée d’air et d’autonomie. Pourtant, j’ai eu une énorme phobie du feu d’artifice pendant plusieurs années après le 14 juillet de mes 5 ans, un petit garçon avait pris une fusée dans l’œil, il était inconscient, en sang, dans les bras de son papa. J’avais eu très peur.

Hier soir, j’ai pris part aux festivités du 14 juillet. J’ai offert un gros ballon à ma fille, j’ai dansé avec elle sur la place du bal populaire et j’ai retrouvé mon âme d’enfant le temps de l’émerveillement du feu d’artifice. J’étais comme tous, massés sur le quai, assourdie par les fusées. Sauf que j’ai eu la chance hier, d’être à Strasbourg et non à Nice.

Cela faisait depuis les attentats du Bataclan que nous étions très vigilants lors de nos sorties. Nous ne nous autorisions plus les évènements de grande ampleur, plus par peur des mouvements de foule pour notre fille en bas âge que des attentats. Nous avions même évité le marché de Noël bondé et pourtant rituel aux alsaciens. Ce 14 juillet, nous avions fait exception et bravé ce petit sentiment de peur désagréable pour laisser place à notre envie d’être libres et joyeux.

Je pense à tout ceux qui ont fait pareil hier soir dans toutes les villes de France. Nous aurions pu être à la place de toutes ses familles à Nice qui ont , elles aussi, bravées ce sentiment de peur pour offrir à leurs enfants une soirée de festivité et de liberté.

Parler de guerre reviendrait à dire que ces hommes sont des guerriers et non des meurtriers de masse. Hélas, dans nos esprits, ce sentiment d’état de siège nous fait ressentir que nous faisons ,malgré nous, l’objet d’une guerre que comme la grande majorité d’entre vous, je n’ai pas choisie. Le pouvoir ne m’intéresse pas, pas plus que la renommée. J’aimerais simplement pouvoir aimer les miens, élever ma fille et traverser la vie sans trop de turbulences. La réalité est que nous sommes devenus de la chair à canon. Nous sommes pris dans un intérêt tactique qui nous dépasse.

Quand pourrons-nous à nouveau offrir à nos enfants des soirées de liberté? Devons-nous faire un trait pour les générations futures sur ce que nous avons connu enfant? La liberté ? La joie ? la liesse? la légèreté ?

Mon cœur et mes pensées vont à ceux qui ont perdus des proches mais aussi à tout ceux qui ont assisté, impuissants, à ce massacre. Ils vivront désormais avec l’horreur gravée dans leurs esprits. Je vais serrer très fort ma fille car ,hier soir, ça aurait pu être nous.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s