Bilan de six années à mon compte: ce que ton psy ne te dira jamais ( mais pense vraiment).

Bilan de six années à mon compte: ce que ton psy ne te dira jamais ( mais pense vraiment).

Je crois bien que ce  sera probablement l’article le plus intime que j’ai écrit jusque là.

Je profite de la fin de cette belle aventure pour rédiger sur un thème assez tabou.  Six années à mon compte, en libéral, ce n’est pas rien.

Pourquoi avoir choisi d’arrêter? Les psys éprouvent-ils réellement de l’affection pour leurs patients?

J’ai pris quelques semaines pour réfléchir à cet article. L’écrire ou non ? Le publier ou non?

Je prends le parti de me dire que ce n’est que mon petit avis éminemment subjectif que j’aimerais te transmettre aujourd’hui.

Pourquoi j’ai choisi d’arrêter?

Pour être tout à fait honnête, il y a plusieurs facteurs. Et pour une fois , ce n’est pas parce que le cabinet ne fonctionnait pas. J’arrête donc avec l’incompréhension de certains de mes proches  » Mais tu étais « complète », tu sais combien de psys galèrent à trouver des patients? ». Ce cabinet a marché pour plusieurs raisons , je pratiquais des prix que je voulais faible car je souhaitais le soin accessible et l’installation des patients dans la durée nécessaire sans les mettre dans le rouge. Si t’as des crampes au bide à l’idée que ton psy va te plumer, je doute que ça réduise ton angoisse au final.

Ensuite, et surtout , grâce aux patients, j’ai bénéficié d’un excellent bouche à oreille.

J’ai décidé d’arrêter, d’abord parce que la solitude du libéral me pesait. Des collègues, la machine à café, ça manque vraiment quand on l’a connu.

Ensuite parce que la maternité avait fondamentalement changé ma façon d’entendre, je me trouvais plus atteinte profondément par certaines histoires. Si tu savais à quel point j’ai souffert de cet état de fait. Me sentant amputée de ma carapace de boulot, nécessaire pour ne pas ramener la souffrance de mes patients à la maison. J’ai mis trois ans à accepter que je n’avais plus le choix.

L’autre contrainte majeure est la vie quasi monacale que ce métier exige. Inutile de  te dire que si ton patient te croise en train de faire la bringue dans la rue à 4 heures du matin, c’est mort pour son transfert.

Et surtout … En six ans de libéral, pas un arrêt maladie, même pas pour ma grossesse.

Fin de l’année 2015,  problème de santé pour la première fois de ma vie professionnelle et de ma vie en libéral. Je me retrouve donc en arrêt un certain temps. Fort heureusement, je suis totalement remise et en pleine forme. Mais j’ai découvert à ce moment là que si je payais des fortunes à ma sécu des libéraux, le fabuleux RSI, je ne touchais absolument rien d’eux , ni de ma prévoyance, la non moins merveilleuse CIPAV. Joie de se retrouver , sans honoraires, avec tes frais fixes de libéral,  et ta famille qui compte sur toi.

Cette injustice profonde a eu raison de mon envie de travailler en libéral car j’ai une jolie petite fille à laquelle j’aimerais offrir une vie agréable même quand je me casse un truc.

Alors à cette question , que pensent les psys (vraiment) de leurs patients?

J’aimerais répondre dans toute mon individualité.

Les patients l’ignorent , mais , pour ma part, ils prenaient une part importante de ma vie. Si bien que quand je me suis retrouvée de 60 patients par semaine à rien , je me suis sentie super vide et très inutile.

L’attachement aux patients est réel et sincère. J’avais vraiment envie qu’ils aillent bien , qu’ils soient heureux, qu’ils trouvent la liberté et finissent leurs thérapies. Quelle fierté et émotion quand venait le moment de dire au revoir à certains.

Bien sûr, j’en ai oublié certains, que j’ai peu vu , pas assez longtemps.

Je pense aussi à certaines structures dans lesquelles je suis intervenue. Des personnes extrêmement démunies  et si généreuses pour la plupart.

Beaucoup resteront dans mes pensées à vie. Ils m’ont rendu au centuple ce que j’ai essayé de leur apporter. Ce sont des gens courageux, ni fous, ni bizarres. Des gens comme toi et moi qui cherchent à améliorer leur quotidien et ce qu’ils sont. Autant te dire que la majorité d’entre eux étaient incroyablement attachants.

C’était l’aventure humaine la plus extraordinaire que j’ai vécu jusque là.

Pour toutes ces années de confiance et de partage, j’aimerais vous dire merci. Et même si je ne sais pas toujours quoi faire pour le moment de vos témoignages d’amitié, je sais que je finirai par savoir comment y répondre à la hauteur de mon attachement.

Prenez bien soin de vous,

Lisenn

 

 

 

4 réflexions sur “Bilan de six années à mon compte: ce que ton psy ne te dira jamais ( mais pense vraiment).

  1. Et moi qui pensais que le travail d’un psy c’etait faire des gribouillages sur un cahier et répondre aux questions par des questions 🙂 plus sérieusement, je pense que c’est un métier profondément difficile qui doit être fait à mi-temps et compenser par une activité bien plus légère (et couvrante?).
    Ma pauvre Lisenn, je t’imagine pendant toute ces années comme John Coffee de la ligne verte, rentrer chez toi et cracher des nuages d’abeilles.

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