Mon expérience déroutante de l’assessment center (centre d’évaluation).

Mon expérience déroutante de l’assessment center (centre d’évaluation).

Fin décembre 2016, j’ai été conviée à passer l’épreuve de l’assessment center par une société dont le siège est parisien. J’ai mis un peu de temps avant de réussir à formaliser mon opinion tant l’expérience était déroutante.

Le centre est organisé par Talent people, une société d’intérim du groupe Ergalis, grand professionnel de l’intérim. Ils recrutent pour développer leurs bureaux partout en France. Le recruteur, psychologue du travail, que j’ai eu au téléphone était sympathique et dynamique. Après un entretien téléphonique. Il demande directement un écrit (en plus de la lettre de  motivation et du CV) pour valider ma participation à l’assessment center. C’est bon, je suis prise. Je suis contente, le poste m’intéresse vraiment.

L’assessment center est un centre d’évaluation où l’on va te faire passer une série de tests pour voir si tu es THE candidat qu’il faudrait ( comme dans Officier et Gentleman mais en vraiment moins glamour). C’est un processus de recrutement utilisé par de grandes structures ou des professionnels du secteur.  Talent people se dit d’ailleurs spécialiste de ce type de pratiques.

Je m’y rends donc d’abord avec une grande curiosité d’expérimenter ce genre de protocole de recrutement. Novotel de Strasbourg, 9H00 du matin, buffet de viennoiseries. Nous sommes huit candidats. Au début, tous un peu gênés car peu habitués à l’exercice. Avec vingt minutes de retard, l’équipe de recrutement arrive. Je trouve ça extrêmement mal élevé d’autant que l’équipe ne s’excuse pas. Si l’un de nous avait été à ce point en retard, je suis certaine qu’il aurait été disqualifié d’office.

L’équipe de talent people est composée de quatre personnes. Deux psychologues du travail, la directrice régionale Alsace, et une personne dont je n’ai pas compris la fonction.

On nous explique qu’à partir de ce moment, les participants n’ont plus le droit d’échanger entre eux par peur qu’ils se donnent des informations. Super infantilisant et très informatif sur le rapport à l’humain de la boîte:  » Bouh s’entraider, c’est vilain ». Wow.

On nous explique qu’il y a trois salles et que nous nous retrouverons tour à tour dans différentes situations. On commence par le tour de table. Chacun doit se présenter en trois minutes. Une des psychologues chronomètre (oui-oui tu lis bien) et note notre temps. Là, je commence vraiment à me demander ce que je fais là.

On commence par me demander de me mettre devant un ordinateur pour des tests de QI simplifié et de personnalité pendant quarante cinq minutes. Étant dyscalculique, je sais faire des mathématiques appliqués à la réalité comme la comptabilité, les statistiques. Dès que c’est abstrait, c’est possible mais pas sans calculatrice. Le test de personnalité est une vaste fumisterie car qui va répondre à l’affirmation  » je n’aime pas partager avec les autres « : « cela me correspond tout à fait ». Il ne faut pas être un grand manipulateur pour savoir quoi répondre. La quiche de Talent People a oublié de brancher mon ordinateur, dix minutes pour le rebrancher et les résultats de mon QI faussés. Merci madame!

J’ai un premier entretien avec la psychologue du travail. Devant ses notes, jeune, mignonne, froide comme un glaçon et ça a l’air de tellement la blaser d’être là. Pas une expression faciale, rien … impressionnant.

Le deuxième entretien se passe avec la directrice régionale. Elle a beaucoup d’aplomb, semble lumineuse et dynamique. Entretien normal. Personne humaine face à moi.

Ensuite je dois plancher quarante cinq minutes sur un cas concret. Je dois faire un plan d’action.

Entre chaque test, nous avons envie de discuter ensemble avec les autres participants. Juste pour se dire  » comment ça va ? » ,  » tu as déjà fait ça ? ». Chaque fois, la gendarmette vient nous reprendre comme des gosses,  » pas d’échanges entre les participants ».

Je passe ensuite un test téléphonique, une simulation avec un client mécontent. Le psychologue du travail qui me le fait faire est le même que j’avais eu au téléphone. Il est humain, souriant…

Ensuite, dernière expérience, le fameux jeu collectif de l’île déserte. Il est 13:30, l’assessment center est fini. On nous fait part que nous devrions avoir une réponse dans la semaine. Nous quittons le Novotel et je dis avec humour à certains participants  » je ne sais pas si je dois te souhaiter d’être pris ou pas », réponse des intéressés  » c’est clair, je ne sais vraiment pas non plus ».

J’ai vraiment eu l’impression d’être infantilisée pendant ce centre d’évaluation. Je n’ai pas eu l’impression qu’on évaluait réellement mon potentiel sauf peut-être lors du cas concret sur le poste. Le fait de me retrouver face à de l’arithmétique m’a décontenancée, j’ai eu le sentiment d’être piégée.  J’ai vraiment eu l’impression que pour une entreprise et un groupe qui parlaient de RSE ( responsabilité sociale des entreprises) et de valeurs humaines sur son site, là, on n’y était vraiment pas du tout. Pourtant, le poste m’intéressait vraiment au départ.

 J’espère que celui ou celle qui sera retenu(e) ne souffrira pas trop . Parce qu’au final, les participants que j’ai rencontré, eux, avaient l’air vraiment sympathique. Mais ce qu’on a pu voir de la société qui recrutait à ce moment là, c’était carrément démoralisant.

L’assessment center, si c’est ça, ça ne casse pas trois pattes à un canard et ça n’évalue que très peu les compétences réelles du participant. On a tous eu l’impression de repasser le permis. Je dois te dire que ça m’a même fait peur de me dire que c’est ce à quoi j’allais avoir à faire aujourd’hui. Je suis complétement d’accord avec toute la mouvance du « serious game » qui veut évaluer les compétences réelles du candidat pour le poste. Je trouve que tester le collaborateur sur des cas qu’il rencontrera; c’est très bien. Aussi pour le collaborateur qui pourra aussi juger de son envie de faire partie de l’entreprise. L’idée est au top puisque ça permettrait de sortir de l’exercice conventionnel de l’entretien. Mais là, on n’y était vraiment pas.

Juger tes compétences réelles et humaines, cela devrait aussi permettre de juger ton envie d’échanger avec les autres. Et non pas de brider tes échanges pour ainsi fausser dès le départ ton rapport à l’autre. L’assessment center devrait être une occasion d’observer dans des situations réelles et non fictives. Et là, plus rien n’était naturel.

Quel drôle de monde est en train de devenir le marché du travail en France?

A très vite ,

Lisenn

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s