Le dossier médical partagé, quid de la souffrance psychique?

Le dossier médical partagé, quid de la souffrance psychique?

Quand je travaillais à l’hôpital, je n’avais pas d’avis construit sur le dossier médical partagé. C’était avant que j’ai un problème de santé et une très très mauvaise expérience avec une clinique privée strasbourgeoise. Clinique qui a trouvé bon d’informer absolument tous les professionnels de santé qui me suivaient sans mon accord, sans prendre conscience que ce type d’informations pouvaient me nuire en tant que professionnelle de la santé mentale en libéral. En quoi, ça peut me nuire? Un épisode fâcheux même s’il est guéri n’est jamais un bon allié dans ta carrière et j’avais beaucoup de patients qui venaient eux-mêmes du secteur médical.

Je me dis qu’en fait ça doit être le même ressenti pour tout ceux qui ont rencontré un jour des difficultés de santé tout en travaillant dans le monde médical.

Pour peu que ton problème soit un peu compliqué à gérer psychologiquement parce que la perte, même transitoire, de ta vue sans promesse de la retrouver n’est pas une mince affaire. Les professionnels de la santé pure et dure, eux, face à toi, ne tolèrent ni ta souffrance, ni ta colère , ni ton angoisse. Si tu mélanges ça à des médicaments expérimentaux qui ont des effets méconnus, ça donne un mois de janvier 2016 détonnant. Un an ayant passé je tiens à revenir sur cette expérience.

J’ai une pensée émue pour toutes les personnes ayant des pathologies méconnues et invalidantes comme la fibromyalgie ou l’endométriose, lesquelles sont pour bon nombre de professionnels des façons de catégoriser les patients dans les cases  » hystériques », « hypocondriaques » ou « psychosomatiques ». Je n’ose imaginer ton calvaire car même quand on a un coup de bambou avéré, on est prié de le prendre avec un beau et large sourire, histoire de ne pas incommoder les autres de nos questions existentielles consécutives à cette découverte peu réjouissante.

Et ne parlons pas de ceux qui souffrent mais pour lesquels la médecine n’a rien trouvé. J’ai ainsi plusieurs amis qui ont des maux bien réels mais méconnus. Ils se savent désormais à tout jamais étiquetés par la médecine comme  » malades imaginaires »,  » hypocondriaques  » pire, « fous ». Et grâce au dossier médical partagé, ils pourront être certains d’être accueillis comme tels dans chaque établissement de santé. Jusqu’au jour où on découvre que l’hypocondriaque avait une maladie bien réelle. Sachant que les connaissances en médecine ne cessent d’évoluer, je trouve ça bien léger. La médecine, hélas, part souvent de ce postulat: ce qu’on ne reconnait pas, n’existe pas. Ou si tu préfères ce qui n’est pas objectivé, est subjectif. Souffrance silencieuse pour une flopée de patients qui en développeraient presque une phobie médicale.

Alors je repense à tous mes proches et à mes patients qui ont eu des soucis transitoires psychiques ( dépression, burn out, bouffée délirante aigue …). Comment assumer face au corps médical qui aura souvent un a priori négatif quand il lira ce passage douloureux dans le dossier du patient ? à moins de l’avoir lui-même vécu ( et encore ) ou d’avoir été sensibilisé au fait que TOUT le monde peut connaître un jour un problème de santé psychique transitoire , le patient sera doublement pénalisé. D’abord dans sa prise en charge qui risquera d’être moins attentive ensuite dans un possible ressenti de malaise dans la relation avec le praticien. Il n’y a rien de pire pour le patient d’être éternellement condamné dans le regard de l’autre à revivre cette période car la présomption , ici, est que tôt ou tard, cette fragilité ressortira à nouveau. Quelle bêtise ! si tu as pris le soin de te faire aider dans un tel moment ou de comprendre ce qui a pu t’arriver, il y a peu de chance que tu rechutes et même si c’est le cas la rechute fait partie parfois d’un processus de guérison et elle n’est jamais aussi violente que la première crise.

Attention, je parle là de soucis psychiques mineurs et pas de pathologies psychiatriques lourdes et avérées qui ont nécessitées des hospitalisations à plusieurs reprises.

Dans une société où la valeur travail est associée à la solidité et à la stabilité, quand nous tombons malades, sommes-nous faibles ? sommes-nous coupables de l’être? sommes-nous fous de nous inquiéter de la suite ? Le dossier médical partagé est-il une version policée d’un grand S rouge de sorcier et sorcière brodé sur notre blouse d’hôpital? Ne parlons pas de la souffrance psychique.

Devrez-vous payer à vie dans le regard de vos soignants; la dépression, le burn out , même si vous en êtes remis?

Avoir une continuité dans le soin est nécessaire, c’est vrai. Mais en tant que soignante , je ne sais que trop bien que trop de choses se disent parfois sous le sceau du secret professionnel partagé. Le secret professionnel est devenu anecdotique au profit du secret professionnel partagé, vaste arnaque pour le patient, car même la secrétaire médicale de ton toubib peut voir si tu as eu des hémorroïdes.

Quand  on sait en plus qu’on ne peut demander l’effacement complet de ses données de santé ou qu’en tout cas il ne sera pas accepté, ça fait mal. Les droits de contrôle de sa propre image et à l’oubli se réduisent comme peau de chagrin et en matière de santé, ils sont devenus quasi-inexistants. Effrayant.

Lisenn

 

 

 

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