Ma douce Nelly.

Ma douce Nelly.

En ce jour de fête des grand-mères, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée émue pour la mienne. J’avais envie de partager avec toi, les nombreux trésors qu’elle m’a laissés et qui continuent de me nourrir tous les jours. Elle me manque énormément.

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Ma grand-mère s’appelait Nelly Gilleron, née Charle, le 15 août 1921. Elle est née à Bermerain, un petit village du Nord de la France, et pour le coup on parlait vraiment ch’ti chez eux. Les waters étaient les toilettes, la wassingue était la serpillère, la cougnolle … une brioche. Un monde à part, j’aimais énormément y aller. Bermerain était un village de fermiers et de paysans. Mes grand-parents avaient été instituteurs. J’allais chez eux très souvent, et je pleurais à chaque fin de vacances car je les trouvais siiiiii vieux. Larmes dans la voiture avec ma sœur.

Ma grand-mère était très croyante et une fervente admiratrice du pape Jean-Paul II ce qui faisait beaucoup rire mon père et mes oncles qui se moquaient gentiment d’elle, ce à quoi elle répondait « Mécréants, c’est le pape enfin ». Elle était douce, gentille. Sa valeur principale était de ne pas juger les autres, je crois d’ailleurs que je ne l’ai jamais entendue dire du mal de quelqu’un. Alors comme ça, on pourrait la penser simplette mais pas du tout elle était brillante. Vers 16 ans, j’aimais l’accompagner à ses groupes de réflexion sur des textes. Je crois qu’elle essayait de faire en sorte que ses belle-filles soient toutes accueillies correctement.

On les appelait les « Pamis ». Elle a du supporter le caractère assez froid et dur de mon grand-père, Jean, que l’on surnommait « papy bougon ».  Un esprit vif et intelligent, une grande dureté, mes oncles et mon père n’ont pas du rigoler tous les jours. J’adorais quand il faisait bouger ses oreilles pour me faire rire, écouter le jeu des mille francs avec lui et je détestais quand il me faisait travailler mon cahier de vacances ( la torture, la punition). Je crois qu’il avait beaucoup d’emprise à cause de son caractère fort sur Nelly mais j’ai vu ma grand-mère s’émanciper au fur et à mesure de sa vie. Jusqu’à ses 75 ans passés, où elle a décidé de faire le plus grand voyage de sa vie, elle qui n’avait jamais pris l’avion. Elle est partie de l’autre côté du globe, en Nouvelle-Zélande. Laissant mon papy en plan quelques semaines. Mon papy était un monsieur assez routinier, tous les matins il mangeait la même préparation de fromage à l’ail (l’haleine qui tuait), faisait ses mots croisés, allait faire un pmu, revenait manger, informations, sieste devant derrick ou le terrible tour de France, jardin l’après-midi, questions pour un champion ( je suis heureuse de me dire qu’ils n’ont pas assisté à la déchéance de Julien Lepers), repas, météo, pyjama et dodo. Et pourtant, un monsieur très cultivé et érudit avec un cerveau qui marchait bien. Il me disait toujours en souriant « Mais que t’as d’longs fémurs » en référence à mes jambes.

Ma grand-mère était assez dépendante de lui puisqu’elle n’avait jamais su conduire. Pour être honnête, il ne valait mieux pas. Elle avait bien trop peur en voiture et poussait des petits cris aigus lorsqu’on roulait ( iiiiiii Jean ralenti, iiiiiii ). Pourtant mon papy avait adopté le 30 avant tout le monde. Elle nous emmenait toujours en ville à Valenciennes manger une pâtisserie et choisir « une bricole ». Elle était très généreuse. Pendant ce temps, mon papy nous attendait dans un café avec son demi. On allait à Nord Minéraux ou au Furet du Nord pour moi. Avec ma soeur, nous étions folles de papeterie et j’étais fan des pierres.

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Lors d’une de mes visites chez mes grand-parents, à l’âge de 7 ans, j’avais acheté un beau cahier avec toute ma fortune. Je l’avais ensuite offert à ma grand-mère en lui demandant de me le remplir avec plein de choses qu’elle aimait, elle me l’a rendu à mes 20 ans.Elle est décédée en 2004, un an plus tard. Elle devait se faire opérer d’une banale vésicule biliaire. La veille au téléphone, quand elle m’a dit  » fais une petite prière pour moi ma chérie s’il te plait ». J’ai bien compris qu’elle ne le sentait pas. Le jour de l’opération, ils ont vu qu’elle avait un cancer du pancréas qui avait fait des dégâts dans tout son corps. Elle n’a jamais vraiment repris ses esprits et est morte deux jours plus tard. « Une flambée du cancer » nous ont dit les médecin ». Ce matin-là, j’avais un oral important, ma maman est entrée dans ma chambre pour m’annoncer sa mort. Je crois que j’ai passé mon trajet pour aller à la fac à pleurer. J’ai rêvé d’elle quelques fois puis plus jamais. Finalement sa mort était inattendue pour nous tous mais pas probablement pas pour elle-même. Elle me parlait souvent de sa petite sœur Paule, morte à 18 ans, qui lui manquait énormément. Si le paradis existe, je suis sûre que ma grand-mère y est et dans ce cas j’espère qu’elle y a retrouvé sa sœur Paule comme elle le souhaitait.

La cahier qu’elle m’a transmis est le seul trésor matériel qui compte dans toutes mes affaires. Elle m’y a écrit des poèmes. Beaucoup d’histoires sur ma famille, des considérations philosophiques sur la liberté, des actes de naissance, des images, un arbre généalogique. Elle est partie il y a plus de 13 ans bientôt et ce cahier me donne l’impression d’avoir un petit bout d’elle chez moi.

Je crois qu’elle manque tout autant à ma sœur à qui elle a laissé un bel album photo-souvenir car pour ma grand-mère il était important d’être équitable entre tous. Je n’ose pas imaginer comme elle manque à mon père et mes oncles.

Les familles de ma mère et de mon père ont été impactées par les deux guerres mondiales. Ma grand-mère me raconte dans ce cahier, la fameuse exode. Ils sont partis sur les routes abandonnant leurs maisons pour fuir les allemands. Ils sont revenus des jours plus tard, leurs maisons pillées ou occupées par d’autres. Mon grand-père me racontait que son père avait du chasser quelqu’un qui avait volé sa maison. Ma grand-mère me disait que c’était la plus grosse erreur qu’ils avaient faite. La guerre était une réalité pour mes deux familles. Elle n’a jamais été la mienne, par chance.

Je garde de là bas tant de choses précieuses, les pièces en chocolat à Noël, nos trésors de la cour, les croque-monsieur à la pince en fonte, nos folies dans les pentes en trottinette rouge, le pain perdu, les balades à Valenciennes, les chaussures à Solesmes, les jeux dans la ferme des voisins, la moisson, le tracteur, les cabanes dans les ballots de paille, mes petits cousins beaucoup trop mignons, les parties de cache-cache dans le noir, l’appareil dentaire de ma cousine, le petit boulot non coupé, les vachettes d’Interville, les gaufrettes de ma grand-mère, la naissance des petits veaux, la passion de Nelly pour la généalogie, la ducasse avec le cornet de frites…et surtout le regard bienveillant de ma douce Nelly qui continue de me construire aujourd’hui.

J’aurais tant d’autres choses à dire sur ma grand-mère. Elle mériterait un livre.

Elle a écrit cette phrase dans mon cahier « Ma fille, que toute ta vie, tu …. gardes Ta liberté, trouves Ta vérité ». Un véritable mantra.

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Merci Mamie.

Lisenn

 

2 réflexions sur “Ma douce Nelly.

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