PS: N’oublie pas qui tu es.

PS: N’oublie pas qui tu es.

Je t’avoue que je t’écris le cœur un peu lourd.Il y a quelques semaines, j’ai appris qu’une bien jolie personne qui luttait depuis longtemps contre une dépression, avait choisi de s’en aller.

J’ai mis du temps à intégrer la nouvelle et je n’en ai pas parlé autour de moi car je trouvais indécent de m’épancher face à la famille et à la compagne de ce jeune homme, parti dans la fleur de l’âge. Il me faut quand même dire quelques mots.

J’ai eu envie de partager avec toi, une lettre ouverte à cet être parti et ceux qui pourraient avoir envie de suivre le même chemin.

« La dernière fois que je t’ai vu; tu bourgeonnais de projets. Tu reprenais des études, t’installais avec ton amie, tu me disais avoir l’envie d’essayer de t’en sortir seul ce que je trouvais bien et tout à ton honneur.

Il y a quelques semaines, on m’a dit que tu avais voulu venir me dire que ça n’allait pas, que tu avais paniqué en voyant mon cabinet fermé définitivement et que tu n’avais pas osé me déranger et m’appeler. Inutile de te dire que tu aurais du insister surtout que tu connaissais pertinemment mon désamour profond du téléphone et des mails. Je te disais toujours de m’envoyer un gros « HELP » en lettre de feu dans un sms le cas échéant.

Je t’ai vu aller mieux, souffrir, aller à nouveau mieux, re-souffrir. Tu prenais tes rechutes comme des échecs qui auraient, selon toi, prouvé ta médiocrité. Quand tu lisais l’inquiétude ou que tu ressentais le désintérêt dans le regard de tes proches.

Je crois que ça a été très violent pour toi quand tu leur as annoncé tes nouvelles études et qu’ils t’ont demandé si tu étais sûr de toi cette fois-ci. Pardonne-leur, ils voudraient juste ne plus avoir à se faire du soucis pour toi. Au bout d’un moment, même les êtres qu’on aime se désinvestissent dans ta dépression, c’est normal. Ils doivent eux aussi pouvoir continuer leurs vies sans être détruits lorsque la tienne est en standby. Tu aurais aimé qu’ils s’émerveillent de ton choix , qu’ils sautent au plafond de joie. Tu ne l’aurais pas autant mal vécu si toi même tu en avais été sûr.

Mais ton grand combat, c’était de vouloir te faire rentrer dans une case qui ne te convenait pas. Celle d’un même boulot pour toute la vie, celle d’un même amour pour toute la vie … Tu te jugeais minable quand tu ne donnais pas à la société ce qu’elle attendait de toi.

Toi, si brillant, si doué, tu te nivelais par le bas pour te conformer à ce que tu imaginais que les autres attendaient de toi. Forcément, il y avait de quoi être malheureux. J’avais beau te dire qu’il n’y a pas une vie mais des vies. Que nous ne trouvions pas tous notre bonheur dans le même chemin. Qu’il ne fallait pas écouter ceux qui voulaient que tu vives comme eux car la différence remettait en question leur propre mode de vie.

Tu n’acceptais pas ta différence. Tu t’acharnais à vouloir rentrer dans cette petite boîte étriquée. Et si tu avais fait mille boulots? et si tu avais eu mille amoureuses? mille vies? ça aurait dérangé qui ? Je sais bien que la liberté est le choix le plus difficile à assumer. Et au loto de l’amour, on ne gagne pas tous le gros lot. Pour le coup, voilà une injustice contre laquelle tu ne peux rien faire.

Tu te souviens, je te parlais souvent de ce psychiatre qui faisait le tour du monde en ballon et qui disait qu’il fallait rester adaptable en tant qu’humain, qui se fixait un nouveau challenge chaque année. Un challenge pour le sortir de son inconfortable confort.

Tu avais probablement trop mal. Tu as choisi une grande inconnue, la mort, plutôt que de te dire qu’elle arriverait toute seule un jour ou l’autre et que tu ferais mieux de profiter du temps avant que ça arrive. J’ose à peine imaginer ta souffrance pour avoir fait ce choix.

Je suis d’autant plus déçue que je sais que ce moment aurait passé et qu’avec le temps, tu te serais enfin accepté tel que tu es. Le temps fait des merveilles, vraiment. Si le corps vieillit, l’âme grandit. Tu aurais bien sûr souffert encore de mille moments de doutes. La vie n’est pas facile mais elle vaut le coup.

Je pense à toi et à ces personnes qui t’aiment et auront bien du mal à se remettre de ta disparition.

PS: N’oublie pas qui tu es. »

Lisenn

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