Réel 2 – Lisenn 0 (Deux de mes expériences en tant que bénévole)

Réel 2 – Lisenn 0 (Deux de mes expériences en tant que bénévole)

Quand j’étais au collège, mon établissement proposait de participer à des actions d’ensachage bénévolement pour récolter des fonds et des vivres pour un collectif de sans-abris strasbourgeois. On s’inscrivait ou non, personne n’était obligé de le faire.

J’ai eu la chance de faire partie de cette incroyable aventure. Je suis donc allée dans un premier temps remplir les sachets en plastiques des clients d’un supermarché de mon patelin pendant plusieurs week-ends de suite. On avait des petites tirelires / boîtes de conserve à trous qui nous permettaient de récolter des fonds et les gens nous donnaient ce qu’ils voulaient , nourriture, argent, sourires, mercis ou rien. Première fois, où j’étais confrontée aux gens qui ne donnaient rien malgré leurs chariots de courses ultra remplis. RIEN, même pas un merci. Premier apprentissage, ok, ça existe et je dois apprendre à respecter l’envie d’être généreux ou non de chacun.

Pour le moment, tout cela me semblait si abstrait…. Et en avril, le jour est enfin arrivé, il était temps d’apporter les fonds et les vivres à l’association. Nous sommes tous partis en bus. Une fois arrivés là-bas, nous avons préparé et partagé le repas avec des sans-abris.

C’était la première fois, que je discutais avec des personnes qui vivaient dans la rue. Au départ, j’étais terrifiée qu’ils ne ressentent ma peur de les rencontrer. Je ne voulais pas les mettre mal à l’aise avec ma propre peur. On a commencé à discuter et là, je me suis pris en pleine gueule l’humanité de ces gens. A la fin du repas, un monsieur vint vers moi avec son colis alimentaire et me tendit le lapin en chocolat exceptionnellement dans son colis pour Pâques. « Merci d’être venue, d’avoir discuté avec moi. Je te donne ça. » Et là, j’ai juste senti les larmes monter, j’ai glissé un petit « mais t’es sûr ? c’est ton chocolat à toi, t’en as pas souvent… moi si ! », il secoua fort la tête « Ne me vexe pas, prends le ». Plus possible de dire un mot, j’avais une grosse boule dans la gorge tout le reste du repas et dans le bus. J’avais cours l’après-midi qui suivait. En rentrant chez moi, grosse crise de larmes. Comment était-ce possible d’être aussi généreux, quand tu n’as rien ?

La tête à l’envers et le cœur transformé en petits morceaux de papier mâché… Comme un tsunami, cette expérience avait à jamais changé ma perception des personnes qui vivaient dans la rue. J’ai retrouvé ce public à l’âge adulte en intervenant à l’hôpital ou dans des associations. Une de mes dernières interventions en tant que psychologue chez Sos femmes solidarité 67, j’ai retrouvé la même générosité des dames à mon égard. Générosité émotionnelle pour le coup. Et pourtant, là j’étais payée pour faire mon travail. Un groupe de parole autour du deuil puis des séances d’art-thérapie.

C’est marrant, le bénévolat, c’est à double tranchant. A peu près à la même période au collège/ lycée, j’avais accepté d’aller chanter avec trois autres nanas de ma chorale au chevet des personnes âgées et malades de notre village et de la maison de retraite Béthesda. Une action organisée par la paroisse du village.

Première session avec les petits vieux de notre village, nous venions chanter des chants de Noël aux chevets de leurs lits quelques semaines avant Noël. Et là, l’horreur, chacun des petits vieux s’effondraient en sanglots. J’avais l’impression de les faire souffrir, de torturer leurs mémoires et leurs solitudes. D’exposer tout ça avec ma voix et ma jeunesse au milieu de leurs cuisines, leurs salons, leurs chambres. J’en suis sortie traumatisée.

Quelques jours plus tard, session à la maison de retraite Béthesda, rebelote. Petits vieux en larmes… aucun mots posés dessus, par personne, je ne savais pas s’ils pleuraient de douleur ou d’émotion mais il me semblait que ça faisait du mal. Je suis rentrée chez moi tremblante. Effrayée de me dire qu’un jour j’allais sûrement devoir expérimenter une telle solitude et les larmes aux yeux d’avoir fait du mal à une cinquantaine de personnes âgées en moins d’une semaine.

Depuis, je fuis les reportages sur la solitude à Noël qui me tordent le bide de douleur rien que de penser à ce moment.

Je me suis toujours dit que le bénévolat était à double tranchant, tu proposes de l’aide l’autre la prend ou non mais si tu lui imposes comme dans le cas des chants de Noël qui viennent envahir tes oreilles que tu le veuilles non …. Tu peux avoir l’impression de proposer un truc contre-productif.

Dans les deux cas, ça m’a fait grandir à grand coup de réel dans mon quotidien d’adolescente mal dans sa peau. Utile et nécessaire.

 

Je suis désolée, dès que j’écris un article à forte valence émotionnelle pour moi, j’ai beau me relire , je ne vois pas mes fautes.

Lisenn

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