J’ai menti, j’ai bien une résolution.

J’ai menti, j’ai bien une résolution.

Ce n’est pas un article, c’est un vrai mini billet d’humeur, là, boum, paf!

Elle vient de tomber, elle est toute fraîche et j’ai intérêt à m’y tenir.

La voilà, ma belle résolution 2017: « Cette année, j’arrête définitivement d’essayer de couper ma frange seule ».

Et maintenant, je vais avoir l’air d’un Playmobil pendant deux mois.

Et là, en me regardant dans le miroir, je divorcerais bien de moi-même.

Si toi aussi, tu fais des trucs du genre… Partage avec moi je t’en prie, je me sentirais moins seule dans mon obstination à me croire coiffeuse d’instinct.

Parce qu’en fait dans un premier temps ça se passe bien et t’as toujours ce moment où, pour une raison que t’ignores, t’égalises encore un peu et là PAF, c’est le drame.

Si tu me croises dans la ville, je t’autorise à rire en me montrant du doigt.

Lisenn (désespérée d’être si bornée par moment).

Aujourd’hui, j’ai mille ans.

Aujourd’hui, j’ai mille ans.

Ces matins-là, où je me lève et j’ai l’impression d’avoir mille ans. Tout me semble physiquement coûteux et moralement impossible. Ce matin, c’était comme ça. Je me sens d’autant plus égoïste que je sais pertinemment que je ne porte pas le monde sur mes épaules mais mon petit monde me semble d’un coup; super lourd, un peu moche et je rame sec pour garder la pulsion de vie qui me caractérise. Chaque chose à faire me paraît ultra pénible comme si un filtre instagram m’imposait de vivre en noir et blanc. J’ai l’impression que mon cœur a été passé dans une moulinette à purée, observant quasi-impuissante du coin de l’œil sa transformation en bouillie informe. Je ne suis pas sensible au temps, à la plupart des aléas de la vie mais certains finissent quand même par m’avoir 24 heures, pas plus hein, ils ne méritent pas ça ces fichus aléas.

La plupart du temps, j’ai mon âge, mille perspectives encore et des promesses à foison (pour certaines déjà tenues). Je me sens chanceuse d’avoir trente ans, de ne plus être trop jeune, de ne pas être trop vieille. J’imagine que c’est l’âge parfait, celui où on peut assumer ses choix plus facilement et qu’on se doit de faire ce qu’il faut pour d’être heureux. Je fais rire ma fille très fort en lui faisant des chatouilles, des blagues, en la faisant voler dans tout l’appartement. Ses rires me donnent des petites étincelles d’enfance par milliers. Elixir de jeunesse précieux.

Certains jours, j’ai 18 ans. La sensation d’être libre et légère, de ne jamais connaître la fatigue, de pouvoir danser jusqu’au bout de la nuit sans être épuisée le lendemain, de rire à m’en faire mal aux côtes avec mes amis. Ces jours-là, je ne suis pas réaliste mais ça m’amuse de me faire croire aux chimères du passé. C’est le charme des 18 ans, une ardoise magique qui gomme absolument tous tes problèmes et sur la quelle tu notes au feutre indélébile  » Vis, putain ». Ceci dit , c’est compliqué de savoir où on va à 18 ans mais ce qu’on veut c’est y aller, et maintenant.

Parfois, j’ai 12 ans, et peur de tout. Cette impression de ne pas savoir choisir et que ce serait super bien que quelqu’un choisisse à ma place parce que je n’ai plus envie d’être une adulte et que j’ai juste une trouille monstrueuse de me tromper. Des complexes dans les poches, et des pensées qui envahissent mon esprit qui ne peut plus traiter le flot d’informations contradictoires de mon ancienne ambivalence adolescente.

Grâce à ma fille, j’ai souvent quatre ans. Ma préoccupation majeure est encore de jouer, de faire de la gadoue et des potions magiques dans le jardin. De sniffer de la pâte à modeler. D’essayer de dessiner sur le mur de ma chambre car c’est joli. De cueillir des pâquerettes et de ramasser des cailloux pour les offrir comme les plus beaux présents de l’univers. De pouvoir dire tout ce que je pense quand je le pense parce que j’ai le droit, je suis toute petite.

Vivement demain, je ne sais pas encore quel âge j’aurais.

Lisenn

PS: N’oublie pas qui tu es.

PS: N’oublie pas qui tu es.

Je t’avoue que je t’écris le cœur un peu lourd.Il y a quelques semaines, j’ai appris qu’une bien jolie personne qui luttait depuis longtemps contre une dépression, avait choisi de s’en aller.

J’ai mis du temps à intégrer la nouvelle et je n’en ai pas parlé autour de moi car je trouvais indécent de m’épancher face à la famille et à la compagne de ce jeune homme, parti dans la fleur de l’âge. Il me faut quand même dire quelques mots.

J’ai eu envie de partager avec toi, une lettre ouverte à cet être parti et ceux qui pourraient avoir envie de suivre le même chemin.

« La dernière fois que je t’ai vu; tu bourgeonnais de projets. Tu reprenais des études, t’installais avec ton amie, tu me disais avoir l’envie d’essayer de t’en sortir seul ce que je trouvais bien et tout à ton honneur.

Il y a quelques semaines, on m’a dit que tu avais voulu venir me dire que ça n’allait pas, que tu avais paniqué en voyant mon cabinet fermé définitivement et que tu n’avais pas osé me déranger et m’appeler. Inutile de te dire que tu aurais du insister surtout que tu connaissais pertinemment mon désamour profond du téléphone et des mails. Je te disais toujours de m’envoyer un gros « HELP » en lettre de feu dans un sms le cas échéant.

Je t’ai vu aller mieux, souffrir, aller à nouveau mieux, re-souffrir. Tu prenais tes rechutes comme des échecs qui auraient, selon toi, prouvé ta médiocrité. Quand tu lisais l’inquiétude ou que tu ressentais le désintérêt dans le regard de tes proches.

Je crois que ça a été très violent pour toi quand tu leur as annoncé tes nouvelles études et qu’ils t’ont demandé si tu étais sûr de toi cette fois-ci. Pardonne-leur, ils voudraient juste ne plus avoir à se faire du soucis pour toi. Au bout d’un moment, même les êtres qu’on aime se désinvestissent dans ta dépression, c’est normal. Ils doivent eux aussi pouvoir continuer leurs vies sans être détruits lorsque la tienne est en standby. Tu aurais aimé qu’ils s’émerveillent de ton choix , qu’ils sautent au plafond de joie. Tu ne l’aurais pas autant mal vécu si toi même tu en avais été sûr.

Mais ton grand combat, c’était de vouloir te faire rentrer dans une case qui ne te convenait pas. Celle d’un même boulot pour toute la vie, celle d’un même amour pour toute la vie … Tu te jugeais minable quand tu ne donnais pas à la société ce qu’elle attendait de toi.

Toi, si brillant, si doué, tu te nivelais par le bas pour te conformer à ce que tu imaginais que les autres attendaient de toi. Forcément, il y avait de quoi être malheureux. J’avais beau te dire qu’il n’y a pas une vie mais des vies. Que nous ne trouvions pas tous notre bonheur dans le même chemin. Qu’il ne fallait pas écouter ceux qui voulaient que tu vives comme eux car la différence remettait en question leur propre mode de vie.

Tu n’acceptais pas ta différence. Tu t’acharnais à vouloir rentrer dans cette petite boîte étriquée. Et si tu avais fait mille boulots? et si tu avais eu mille amoureuses? mille vies? ça aurait dérangé qui ? Je sais bien que la liberté est le choix le plus difficile à assumer. Et au loto de l’amour, on ne gagne pas tous le gros lot. Pour le coup, voilà une injustice contre laquelle tu ne peux rien faire.

Tu te souviens, je te parlais souvent de ce psychiatre qui faisait le tour du monde en ballon et qui disait qu’il fallait rester adaptable en tant qu’humain, qui se fixait un nouveau challenge chaque année. Un challenge pour le sortir de son inconfortable confort.

Tu avais probablement trop mal. Tu as choisi une grande inconnue, la mort, plutôt que de te dire qu’elle arriverait toute seule un jour ou l’autre et que tu ferais mieux de profiter du temps avant que ça arrive. J’ose à peine imaginer ta souffrance pour avoir fait ce choix.

Je suis d’autant plus déçue que je sais que ce moment aurait passé et qu’avec le temps, tu te serais enfin accepté tel que tu es. Le temps fait des merveilles, vraiment. Si le corps vieillit, l’âme grandit. Tu aurais bien sûr souffert encore de mille moments de doutes. La vie n’est pas facile mais elle vaut le coup.

Je pense à toi et à ces personnes qui t’aiment et auront bien du mal à se remettre de ta disparition.

PS: N’oublie pas qui tu es. »

Lisenn

Do you speak « le politiquement correct »?

Do you speak « le politiquement correct »?

Je t’offre un petit dictionnaire (au cyanure)  de survie pour comprendre le « politiquement correct » en entreprise. Grâce à ça, tu sauras lire entre les lignes de ton manager préféré.

De 15 à 20 ans, j’étais baby-sitter, un vrai job mais qui ne touche pas au monde de l’entreprise. C’est en 2003 que j’ai commencé mon premier « vrai » job dans le monde merveilleux de l’entreprise.  En quatorze ans de petits et grands boulots, j’ai eu le temps de découvrir et de décrypter le langage bien spécifique de l’entreprise.

Je t’offre donc ce petit tableau qui se comportera en quatre parties: ce que ta hiérarchie te dit, ce qu’il ou elle pense vraiment, ce que tu réponds et ce que tu penses vraiment. Évidemment, je t’offre le pire, car beaucoup plus drôle mais il y a des managers bien mieux que d’autres.

Ton manager te dit. Ce qu’il pense vraiment. Ce que tu lui réponds. Ce que tu penses vraiment.
Tu es trop douce. Tu es trop molle.

 

Il y a d’autres types de management que celui des années 90. Non, je ne pose pas mes couilles sur la table pour intimider qui que ce soit.

 

Tu devrais penser plus corporate. Tu es identifié comme un électron libre.

 

J’aime pourtant énormément mes collègues. Je ne vais pas dormir avec un pyjama à l’effigie de l’entreprise non plus.

 

C’est pas mal ce que tu as fait. Ça m’arrache la bouche de te dire que c’était bien.

 

J’ai travaillé dur, merci. Tu ne peux pas juste me dire que c’est bien?
Il y a ceux qui l’ont et ceux qui ne l’ont pas. Je te fais croire que pour faire ce que tu fais, il faudrait un don exceptionnel.

 

Je crois plutôt que ça se travaille. Ne me prends pas pour une débile.
Demande lui s’il connait les sachets de lavande dans les armoires ?

 

Ses fringues puent je ne veux pas lui dire c’est toi qui va le faire .

 

Ça serait mieux pris si quelqu’un qui a une grande expérience du management lui disait. Fais ton sale boulot tout seul.
J’ai testé récemment un super déo hommes 72H, tu veux la référence ?

 

Tu pues, pitié fais quelque chose.

 

Je vais vous laisser discuter. J’y crois pas que tu lui dises ça devant moi, le pauvre.

 

Celle-ci a donné de sa personne pour en être là. Comme c’est une femme, je pense qu’elle a couché pour réussir.

 

Je crois surtout qu’elle est brillante et qu’elle a mérité sa place.

 

Et qu’elle le mérite plus que toi, connard misogyne.
Hey, le Friday wear c’est juste pour le vendredi hein !

 

Dégage-moi tes baskets. Oups, je suis désolée, je pensais que c’était toléré dans l’entreprise.

 

Aïe, va falloir que j’aille chez Zara m’acheter du workwear.
Lui, c’est un killer. Dis-lui bien bonjour si tu tiens à ton poste.

 

Ah oui, il a quoi comme place ? Euh, il a un pouvoir exécutif ? J’ai peur.
Tiens, comment étaient tes vacances ? Je ne supporte pas que tu sois en arrêt maladie, je suis sûr que tu glandes.

 

Tu sais une gastro-entérite c’est pas vraiment l’extase. J’étais vraiment malade et si tu y tiens  la prochaine fois je vomirais sur toi comme ça tu seras convaincu.
(En hospitalier) Tiens tu prends ton temps FIR, toi? (formation information recherche) Me fais pas croire que tu fais de la recherche quand tu t’offres un jour de congé.

 

J’ai fait des recherches sur ma thèse à la BNU, j’ai trouvé un article étonnant sur la subjectivité de la voix. J’ai fait ça pendant deux heures et après j’ai rien foutu, t’as raison.

 

J’essaie d’avoir un management humain. J’essaie d’être sympa mais je dois quand même te donner des ordres.

 

C’est tout à ton honneur. Je n’aimerais pas être à ta place.
On est super axé sur la Rse ici ( responsabilité sociale des entreprises).

 

On fait en sorte que nos syndicats se taisent. Et qu’est ce que vous proposez pour garder une Rse au top ? Ce n’est pas parce que t’offres une salle de sport à tes salariés entre midi et deux qu’ils ont vraiment le droit d’y aller hein !
Est-ce que vous serez capable de faire des PSE ( plans sociaux et économiques) ? Est- ce que t’auras le courage de virer des gens ?

 

Je pense que si on propose un bon accompagnement dans le futur projet pro et une indemnité de départ correcte, ça devrait bien se passer.

 

Si tu savais combien de personnes sont très contentes de pouvoir faire autre chose. Tu serais surpris.
Te vexe pas mais tu devrais gommer l’étiquette « psy » de ta présentation.

 

Ton ancien boulot et ton diplôme foutent les boules. Je comprends l’idée mais je ne vois pas comment je vais pouvoir effacer 10 ans de ma vie professionnelle. Je suis super fière de ce que j’ai fait et je ne vois pas pourquoi je devrais en avoir honte.
Vous avez déjà un enfant ?  Vous projetez d’en avoir un autre ? On est pas « mama friendly ici »alors rêve pas d’un congé mat. Ce n’est pas au programme. Ma vie n’est pas bâtie sur un plan précis remis à jour chaque décennie. Je ne sais même pas moi-même comment est ce que je pourrais te répondre.

J’en aurais bien encore un million à partager mais je vais rester raisonnable.

Mouais, nous allons tous pouvoir trouver de  » beaux axes d’améliorations « ( en gros ça va pas être du mille-feuille ). Les bonnes pratiques de l’entreprise ne sont pas toujours suffisamment valorisées. Le management « réel », lui, a du mal à s’affranchir des codes du politiquement correct. Je suis toujours curieuse de découvrir le management des entreprises où j’évolue. Finalement, ça dépend beaucoup plus des qualités humaines du manager lui-même que de l’entreprise.  L’entreprise où je suis entrée récemment prône de belles valeurs humaines, je ne sais pas encore que dire du management mais la promesse me plait.

Lisenn

L’ordonnance de ta psy #5: Let’s get hot !

L’ordonnance de ta psy #5: Let’s get hot !

Tu sens bien cette montée de sève dans les arbres. Tu les entends les petits merles qui chantent le matin à ta fenêtre. Tu vas bientôt brûler ta parka kaki  portée tout l’hiver et que tu ne supportes plus.  Tu te sens d’humeur horny/ caliente/ sexy MF. Rejoins-moi pour cette playlist qui sent bon le bouquet de jonquilles et la mini-jupe.

Pour fêter et surtout invoquer le Dieu du Printemps, j’ai eu envie de te faire une petite ordonnance de musique à binger sans modération. Et aussi, parce que je suis à deux doigts d’assassiner mon bonnet, mon écharpe, mon damart (oui oui t’as bien lu) et mes gants en les jetant par dessus la fenêtre. Crime passionnel. J’ai une bonne excuse pour ça: je te l’ai déjà dit, je suis membre honoraire du club des Winter’s Haters ( le club des détesteurs de l’hiver). Après avoir consulté chaque jour mon éphéméride et avoir égrené les minutes de soleil gagnées comme un chapelet, je n’ai plus de doutes, il est presque là.

Comme disait le grand poète de la vie Christophe Rippert  » C’est un amour de vacances, une histoire sans lendemain « . Afin de te préparer aux futures aventures amoureuses de ton été, et bien te conditionner à te sentir irrésistible (ou pas), je te propose une playlist pour ambiancer ton printemps.

Pour bien commencer et pour avoir cité son fameux sexy Mf plus haut (comme mother fucker, petit coquinou, va), voici le God of sexy.

Je persiste avec Alt-J et sa fabuleuse chanson « Every other freckle ». Paroles érotiques à souhait, bon » Laisse-moi être le papier peint qui recouvre ta chambre! ». Forcément ça rend mieux en anglais.

Fabuleuse reprise d’Amy Winehouse par Ash Riser, la voix de ce type ….

French touch avec cette chanson que je pourrais écouter en boucle du groupe La Femme.

Bon si tu as plus de 30 ans, c’est très compliqué de comprendre et encore plus d’aimer Die Antwoord. Groupe sud-africain complétement barré. La chanteuse Yolandi Visser, de son vrai nom Anri Du Toit, est la fille adoptive d’un des dirigeants du mouvement religieux le plus conservateur du pays. Quand on sait ça, on comprend mieux le côté super provoc’. Cette chanson est sortie il y a au moins 4ans mais elle est devenue culte pour beaucoup de gens.

Le groupe qui suit, tu peux appliquer les mêmes consignes … ça va être compliqué d’aimer pour tout un tas de causes notamment parce qu’on est vieux. J’adore pour tout autant de raisons mais aussi parce que c’est du dancefloor français et ça c’est déjà tellement bon.

Plus doux pour tes oreilles, la prêtresse du down tempo Sevdaliza aussi hypnotique qu’intrigante.

 

On finit par mes trois belles casseroles bien ridicules que j’ai aimé et que j’aime toujours… Mysogine, mauvais, honteux … mais ce ne serait l’ordonnance de ta psy sans leschansons de la honte, qu’on adore détester.

Si je te dis  » let me see that thooooong » , tu me dis ? Sisqo. Regarde-moi cette gueule de vainqueur rien que sur la vignette… Fichtre!

Si je te dis,  » I am gettin’ so hot, i’ll take my clothes off »… Oui oui oui c’est Nelly. Disparu depuis et probablement devenu testeur de barbecue ricain car il aimait la chaleur ( ben ouais).

Et la dernière, parce qu’à cause de Nelly Furtado, j’ai passé toute mes soirées en boîte en 2006-2007 en marcel blanc et jeans parce que tu comprends sur elle c’était super sexy (j’avais perdu mes neurones en goutant un cocktail au Curacao probablement).

Tiens-toi prêt pour la prochaine ordonnance de ta psy qui te préparera à l’été ! Yeah.

Lisenn

Ma douce Nelly.

Ma douce Nelly.

En ce jour de fête des grand-mères, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée émue pour la mienne. J’avais envie de partager avec toi, les nombreux trésors qu’elle m’a laissés et qui continuent de me nourrir tous les jours. Elle me manque énormément.

img_2691

Ma grand-mère s’appelait Nelly Gilleron, née Charle, le 15 août 1921. Elle est née à Bermerain, un petit village du Nord de la France, et pour le coup on parlait vraiment ch’ti chez eux. Les waters étaient les toilettes, la wassingue était la serpillère, la cougnolle … une brioche. Un monde à part, j’aimais énormément y aller. Bermerain était un village de fermiers et de paysans. Mes grand-parents avaient été instituteurs. J’allais chez eux très souvent, et je pleurais à chaque fin de vacances car je les trouvais siiiiii vieux. Larmes dans la voiture avec ma sœur.

Ma grand-mère était très croyante et une fervente admiratrice du pape Jean-Paul II ce qui faisait beaucoup rire mon père et mes oncles qui se moquaient gentiment d’elle, ce à quoi elle répondait « Mécréants, c’est le pape enfin ». Elle était douce, gentille. Sa valeur principale était de ne pas juger les autres, je crois d’ailleurs que je ne l’ai jamais entendue dire du mal de quelqu’un. Alors comme ça, on pourrait la penser simplette mais pas du tout elle était brillante. Vers 16 ans, j’aimais l’accompagner à ses groupes de réflexion sur des textes. Je crois qu’elle essayait de faire en sorte que ses belle-filles soient toutes accueillies correctement.

On les appelait les « Pamis ». Elle a du supporter le caractère assez froid et dur de mon grand-père, Jean, que l’on surnommait « papy bougon ».  Un esprit vif et intelligent, une grande dureté, mes oncles et mon père n’ont pas du rigoler tous les jours. J’adorais quand il faisait bouger ses oreilles pour me faire rire, écouter le jeu des mille francs avec lui et je détestais quand il me faisait travailler mon cahier de vacances ( la torture, la punition). Je crois qu’il avait beaucoup d’emprise à cause de son caractère fort sur Nelly mais j’ai vu ma grand-mère s’émanciper au fur et à mesure de sa vie. Jusqu’à ses 75 ans passés, où elle a décidé de faire le plus grand voyage de sa vie, elle qui n’avait jamais pris l’avion. Elle est partie de l’autre côté du globe, en Nouvelle-Zélande. Laissant mon papy en plan quelques semaines. Mon papy était un monsieur assez routinier, tous les matins il mangeait la même préparation de fromage à l’ail (l’haleine qui tuait), faisait ses mots croisés, allait faire un pmu, revenait manger, informations, sieste devant derrick ou le terrible tour de France, jardin l’après-midi, questions pour un champion ( je suis heureuse de me dire qu’ils n’ont pas assisté à la déchéance de Julien Lepers), repas, météo, pyjama et dodo. Et pourtant, un monsieur très cultivé et érudit avec un cerveau qui marchait bien. Il me disait toujours en souriant « Mais que t’as d’longs fémurs » en référence à mes jambes.

Ma grand-mère était assez dépendante de lui puisqu’elle n’avait jamais su conduire. Pour être honnête, il ne valait mieux pas. Elle avait bien trop peur en voiture et poussait des petits cris aigus lorsqu’on roulait ( iiiiiii Jean ralenti, iiiiiii ). Pourtant mon papy avait adopté le 30 avant tout le monde. Elle nous emmenait toujours en ville à Valenciennes manger une pâtisserie et choisir « une bricole ». Elle était très généreuse. Pendant ce temps, mon papy nous attendait dans un café avec son demi. On allait à Nord Minéraux ou au Furet du Nord pour moi. Avec ma soeur, nous étions folles de papeterie et j’étais fan des pierres.

img_2676img_2678

Lors d’une de mes visites chez mes grand-parents, à l’âge de 7 ans, j’avais acheté un beau cahier avec toute ma fortune. Je l’avais ensuite offert à ma grand-mère en lui demandant de me le remplir avec plein de choses qu’elle aimait, elle me l’a rendu à mes 20 ans.Elle est décédée en 2004, un an plus tard. Elle devait se faire opérer d’une banale vésicule biliaire. La veille au téléphone, quand elle m’a dit  » fais une petite prière pour moi ma chérie s’il te plait ». J’ai bien compris qu’elle ne le sentait pas. Le jour de l’opération, ils ont vu qu’elle avait un cancer du pancréas qui avait fait des dégâts dans tout son corps. Elle n’a jamais vraiment repris ses esprits et est morte deux jours plus tard. « Une flambée du cancer » nous ont dit les médecin ». Ce matin-là, j’avais un oral important, ma maman est entrée dans ma chambre pour m’annoncer sa mort. Je crois que j’ai passé mon trajet pour aller à la fac à pleurer. J’ai rêvé d’elle quelques fois puis plus jamais. Finalement sa mort était inattendue pour nous tous mais pas probablement pas pour elle-même. Elle me parlait souvent de sa petite sœur Paule, morte à 18 ans, qui lui manquait énormément. Si le paradis existe, je suis sûre que ma grand-mère y est et dans ce cas j’espère qu’elle y a retrouvé sa sœur Paule comme elle le souhaitait.

La cahier qu’elle m’a transmis est le seul trésor matériel qui compte dans toutes mes affaires. Elle m’y a écrit des poèmes. Beaucoup d’histoires sur ma famille, des considérations philosophiques sur la liberté, des actes de naissance, des images, un arbre généalogique. Elle est partie il y a plus de 13 ans bientôt et ce cahier me donne l’impression d’avoir un petit bout d’elle chez moi.

Je crois qu’elle manque tout autant à ma sœur à qui elle a laissé un bel album photo-souvenir car pour ma grand-mère il était important d’être équitable entre tous. Je n’ose pas imaginer comme elle manque à mon père et mes oncles.

Les familles de ma mère et de mon père ont été impactées par les deux guerres mondiales. Ma grand-mère me raconte dans ce cahier, la fameuse exode. Ils sont partis sur les routes abandonnant leurs maisons pour fuir les allemands. Ils sont revenus des jours plus tard, leurs maisons pillées ou occupées par d’autres. Mon grand-père me racontait que son père avait du chasser quelqu’un qui avait volé sa maison. Ma grand-mère me disait que c’était la plus grosse erreur qu’ils avaient faite. La guerre était une réalité pour mes deux familles. Elle n’a jamais été la mienne, par chance.

Je garde de là bas tant de choses précieuses, les pièces en chocolat à Noël, nos trésors de la cour, les croque-monsieur à la pince en fonte, nos folies dans les pentes en trottinette rouge, le pain perdu, les balades à Valenciennes, les chaussures à Solesmes, les jeux dans la ferme des voisins, la moisson, le tracteur, les cabanes dans les ballots de paille, mes petits cousins beaucoup trop mignons, les parties de cache-cache dans le noir, l’appareil dentaire de ma cousine, le petit boulot non coupé, les vachettes d’Interville, les gaufrettes de ma grand-mère, la naissance des petits veaux, la passion de Nelly pour la généalogie, la ducasse avec le cornet de frites…et surtout le regard bienveillant de ma douce Nelly qui continue de me construire aujourd’hui.

J’aurais tant d’autres choses à dire sur ma grand-mère. Elle mériterait un livre.

Elle a écrit cette phrase dans mon cahier « Ma fille, que toute ta vie, tu …. gardes Ta liberté, trouves Ta vérité ». Un véritable mantra.

img_2693

Merci Mamie.

Lisenn

 

Merci merci merci

Merci merci merci

Vous avez été 900 à venir lire mon blog en février et franchement, ça me donne des frissons. J’ai commencé il y a à peine quelques mois et j’avais une larme à l’œil quand je voyais qu’un visiteur était passé par là. Tout ce petit monde en six mois pour moi c’est absolument énorme et inespéré. Je me demande qui vous êtes !

Merci mille fois.

Lisenn