L’ordonnance de ta psy #6 : Playlist spéciale « Paye ta rupture ».

L’ordonnance de ta psy #6 : Playlist spéciale « Paye ta rupture ».

Je te propose une playlist qui va reprendre les étapes du deuil afin de t’accompagner au mieux dans cette rencontre douloureuse avec la dure réalité de la rupture amoureuse . BIM!

Elizabeth Kübler-Ross a identifié 7 étapes au processus de deuil. Je t’invite d’ailleurs à aller te renseigner sur la vie de cette femme qui était fascinante.

Retour à nos moutons noirs, sors tes kleenex, prépare ton pot de Nutella et ta bombe de Chantilly : on va affronter ça ensemble.

1Le Choc : L’annonce d’une rupture, conduisant normalement à un constat sans appel, tu vois la personne en face de toi comme pétrifiée. On parle de sidération. C’est ce moment où tu peux ressentir comme une très agréable sensation de poignard dans le creux du bide. Ou alors de te sentir statufié irrémédiablement dans un corps qui ne veut plus bouger d’un pouce. Quelle douce sensation. Hmmmm. Je te propose d’écouter un bon vieux classique de Justice qui illustre à merveille le sentiment de te sentir ratatiné  par un troupeau de tyrannosaures.

2Le Déni : Ton esprit va refuser ce qui se passe. C’est là que j’ai déjà pu entendre dans mon cabinet  » Non, mais il me quitte pour préparer sa demande en mariage, c’est sûr! » . Et oui, c’est ce moment où ton cerveau et surtout ton cœur sont prêts à croire les balivernes que tu vas te raconter à toi-même. C’est le temps de la discussion entre toi et toi-même ou avec les autres qui vont souvent te regarder avec des gros yeux face aux énormités que tu vas sortir. Certaines personnes s’enferment dans cet état de déni, de refuge pour conserver dans une petite boîte ; le fait de ne pas vouloir y croire.

J’ai choisi une chanson que je trouve, personnellement, super flippante depuis toujours. Celle de Zazie, Homme sweet homme qui parle bien de ce côté complètement malade de cette phase de déni.

3La colère : Je sens que je ne vais pas avoir besoin de te l’expliquer. Tu te vois évidemment avec une batte de baseball ou le club de golf de ton dentiste défoncer une série de voitures innocemment parquées dans la rue. C’est le moment du défoulement. Et là, je ne peux pas te conseiller meilleure chanson que celle de The Hives, Hate to say i told you so.

4La tristesse : Je te conseille de t’acheter de très très jolies boîtes de Kleenex pour te rendre cette étape moins douloureuse et d’investir dans un tube d’homéoplasmine pour sauver tes narines endommagées par le frottement répété avec le mouchoir. La voix du chanteur de Foals a déjà tendance à m’émouvoir sans effort. Et là, le clip est juste magnifique.

 

 

 

 

 

 

5La résignation : C’est ce moment si précieux où tu déposes les armes, conscient que plus rien ne peut être fait pour sauver ou changer la situation. Souvent, à ce moment, la fatigue t’envahit avec cette horrible sensation qu’un 3 tonnes vient de se poser délicatement sur ta poitrine pour ne plus en bouger jusqu’à ce que tu sois moins fatigué. Souvent c’est aussi une phase de rejet,  » je te connaitrais plus jamais l’amour… ».

6L’acceptation : C’est ce moment où tu commences peu à peu à redevenir toi-même et à retrouver progressivement conscience et confiance en toi. Tu te souviendras des bons moments et plus que des mauvais.  Et j’ai choisi une petite nouveauté dont je suis fan pour illustrer cette émotion.

 

 

 

 

 

7La reconstruction : L’acceptation seule ne suffit pas. Grâce à cette épreuve, tu vas découvrir des trésors de ta personnalité que tu ne soupçonnais pas jusqu’ici.  L’être humain est un miracle d’adaptation, il est fait pour ça. Aussi douloureux que ça puisse être, nous sommes résilients, c’est comme ça. Chaque expérience (bonne ou mauvaise) te rend meilleur si tu la dépasses, c’est un fait percutant et inéluctable.

Je t’ai choisi trois chansons toutes fraîches qui me font du bien.

 

 

 

 

 

 

Allez je t’embrasse bien fort. Tout passe. TOUT

Lisenn

PS: je remarque, qu’étrangement, j’ai choisi des chansons anciennes pour illustrer les premières étapes et toute récentes pour les dernières. Illustration parfaite de l’esprit en mouvement.

La sensualité, ton pouvoir fantastique sous-estimé.

La sensualité, ton pouvoir fantastique sous-estimé.

Lorsque j’étais enceinte, j’ai eu envie d’essayer pas mal de disciplines pour profiter pleinement de ce petit être qui grandissait en moi. Cela m’a permis de me sentir pleinement enceinte et c’était d’autant plus nécessaire que j’ai travaillé jusqu’au bout de mon terme ( je travaillais encore le vendredi, j’ai accouché le dimanche). J’ai beau avoir pris 25 kg  et avoir vu un pote changer de couleur dans la rue tellement j’étais énorme, la grossesse reste une belle expérience.

J’ai commencé par essayer de la sophrologie prénatale (celle de Constance Kreintz). Énorme fou rire, le jour où des copains étaient venus manger à la maison. J’avais mis mon ipod en mode shuffle et d’un coup, silence,  « ressentez votre périnée ».

La sophrologie prénatale m’a permis d’appréhender les nausées du début de grossesse. Je me souviens que parfois je regardais le patient en face de moi en me disant  « ne vomis paaaaaas, ne vomis pas pitiéééé ». Compliqué. Quand le bébé a commencé à bouger, la sophrologie a pris tout son sens. Je le voyais comme un moment de conscientisation de ma grossesse. Merveilleux.

J’ai ensuite fait du chant prénatal. C’est à ce moment que tu as le droit de dire que je me suis transformée en mère hippie pendant ma grossesse, c’est vrai. Et encore, je ne t’ai pas dit que ma prof/sage femme nous faisait ce cours avec un instrument de la culture indienne dont j’ai oublié le nom.

Ensuite, j’ai décidé de faire une formation à l’hypnose prénatale pour mieux appréhender  la douleur avant la fabuleuse péridurale (hippie mais pas trop hein). Les cours étaient dispensés par l’anesthésiste de la clinique où j’allais accoucher. Il m’explique différentes techniques de visualisations.Notamment celle de me projeter dans une image-refuge, un endroit qui m’apaiserait particulièrement.

Cet endroit je t’en ai déjà parlé là. Mon moment bountyimg_1955

Et cette photo prise avec mon téléphone tout pourri ne rend pas du tout justice à la beauté du lieu.

Je visualisais donc cet endroit magique pour moi qu’on appelle le Boulidou. Je m’y vois assise sur un des grands rochers qui surplombe l’eau. Je sens le soleil brûlant sur ma peau, le chant assourdissant des cigales, le vent méditerranéen souffler dans mes cheveux, le froid glacial de l’eau paralyser mes pieds. Ce simple souvenir sensoriel suffit à m’emmener ailleurs. Si un jour, on arrive par la technologie à nous faire ressentir des sensations agréables qu’on a déjà connu, le paradis sera à notre porte. L’anesthésiste m’a fait rire, me sentant particulièrement à l’aise avec la technique. Il m’a proposé de faire un reportage avec Arte sur mon accouchement sous hypnose. Comment te dire, cher ami, que la magie du moment doit être présente dans ta tête qui reconstruit joliment les choses non pas sur la brutalité réelle d’un écran.

Cette visualisation est une expérience sensuelle au sens le plus pur du terme. Celle qui représente l’attachement aux plaisirs des sens. La sensualité n’est pas obligatoirement liée à la sexualité mais son pouvoir est édifiant. Tu arrives à ressentir par ton corps en te souvenant de ce que tu as expérimenté à ce moment là.

Ce qui est dommage dans une société où on valorise l’intelligence universitaire ou scientifique, on perd ce lien et ce pouvoir fabuleux de ressentir grâce à son corps.

On a le pouvoir de s’évader à tout moment grâce à l’alliance du corps et de l’esprit. Mais pour que le corps se souvienne, il faut au préalable qu’il ait été autorisé par l’esprit à pleinement ressentir l’intensité du moment. Pas si facile, car bien souvent les ressentis du corps sont bloqués très tôt par la censure morale de la société qui ne nous désire pas « sensuels » mais « normés » et donc distants de nos corps.

Tu le sens , ce rayon chaud du soleil sur ton visage quand tu fermes les yeux toi? Hmmmm.

Lisenn

 

 

Ce jour récent où j’ai réalisé que je n’étais plus rancunière.

Ce jour récent où j’ai réalisé que je n’étais plus rancunière.

Il n’y a même pas quelques semaines, je constatais dans un sentiment d’étrangeté le plus total que je ne possédais plus aucune rancoeur.

C’est un phénomène nouveau car , encore très récemment, j’avais parfois l’impression de faire partie de ces gens qui disent pardonner mais qui en réalité portent encore de la colère et de la tristesse ( donc de la rancœur) à l’égard d’un autre ou de la vie tout simplement.

La rancoeur, c’est quand tu possèdes dans ta tête un grand tableau imaginaire où tu fais tes comptes malsains de qui de toi ou de l’autre a fait le plus de mal. Au final, tu te punis parce qu’au fond c’est à toi-même que tu en veux de ne pas avoir su gérer certains moments de crises ( conjugales, familiales, amicales …)

Je pardonnais ou plutôt j’essayais sans avoir l’impression que tous les protagonistes de mon cerveau fassent de même. Pourquoi? Parce que la mémoire de moments douloureux revenait sous forme de flashbacks invasifs et incontournables.

Je ne sais pas si c’est mon année 2016 qui a achevé toute forme de sentiment négatif à l’égard de ceux que j’ai aimé et qui ont parfois pu me faire du mal (sans le vouloir). Et en plus, nous sommes tous à un moment ou à un autre maladroit ou pas sympa avec quelqu’un qu’on apprécie. Juste comme ça, parce qu’à ce moment précis on est à côté de la plaque, maladroit ou soi-même en souffrance.

Je ne sais pas si c’est le travail que j’ai dû faire sur moi-même pour exercer mon métier qui amène les plus grands changements à la toute fin. Toujours est-il que ce sentiment désormais disparu m’offre une grande liberté. Celle d’aimer librement sans avoir peur de souffrir, celle d’aimer et d’accepter que l’autre n’est pas obligé de faire de même, celle de pardonner réellement sans attendre que la personne concernée puisse avoir envie de la faire, accepter les choses telles qu’elles sont et y voir le positif.

C’est fou ce que la rancoeur est en fait de l’amour ( passionnel ) déguisé, on aime tellement qu’on en attend trop et mal ( et des actes qu’on ne devrait pas attendre de qui que ce soit ). Finalement, elle nous lie plus que jamais à l’autre et lui offre une part non négligeable d’influence (bien malgré lui) sur notre condition psychique du moment.

Et d’un seul coup, on prend conscience qu’on arrête aussi de s’en vouloir à soi-même, et ça, ben c’est franchement magique.

Parfois ça me fait flipper tout ce changement. Je me dis que ça y est; j’ai une tumeur du lobe frontal qui annihile mon système neurologique de base dont le premier symptôme est un changement de comportement ou de personnalité. Après tout, le produit qu’on m’a injecté dans l’œil pour traiter l’OVCR était expérimental.

Dans tous les cas, qu’est ce que c’est bon …

Et comme dirait le pape de la chanson rnb lova lova, I believe i can fly, I believe i can touch the sky.

Essaye d’être un peu plus doux avec toi-même, tu verras c’est pas mal. C’est même carrément jouissif.

Lisenn

 

Le dossier médical partagé, quid de la souffrance psychique?

Le dossier médical partagé, quid de la souffrance psychique?

Quand je travaillais à l’hôpital, je n’avais pas d’avis construit sur le dossier médical partagé. C’était avant que j’ai un problème de santé et une très très mauvaise expérience avec une clinique privée strasbourgeoise. Clinique qui a trouvé bon d’informer absolument tous les professionnels de santé qui me suivaient sans mon accord, sans prendre conscience que ce type d’informations pouvaient me nuire en tant que professionnelle de la santé mentale en libéral. En quoi, ça peut me nuire? Un épisode fâcheux même s’il est guéri n’est jamais un bon allié dans ta carrière et j’avais beaucoup de patients qui venaient eux-mêmes du secteur médical.

Je me dis qu’en fait ça doit être le même ressenti pour tout ceux qui ont rencontré un jour des difficultés de santé tout en travaillant dans le monde médical.

Pour peu que ton problème soit un peu compliqué à gérer psychologiquement parce que la perte, même transitoire, de ta vue sans promesse de la retrouver n’est pas une mince affaire. Les professionnels de la santé pure et dure, eux, face à toi, ne tolèrent ni ta souffrance, ni ta colère , ni ton angoisse. Si tu mélanges ça à des médicaments expérimentaux qui ont des effets méconnus, ça donne un mois de janvier 2016 détonnant. Un an ayant passé je tiens à revenir sur cette expérience.

J’ai une pensée émue pour toutes les personnes ayant des pathologies méconnues et invalidantes comme la fibromyalgie ou l’endométriose, lesquelles sont pour bon nombre de professionnels des façons de catégoriser les patients dans les cases  » hystériques », « hypocondriaques » ou « psychosomatiques ». Je n’ose imaginer ton calvaire car même quand on a un coup de bambou avéré, on est prié de le prendre avec un beau et large sourire, histoire de ne pas incommoder les autres de nos questions existentielles consécutives à cette découverte peu réjouissante.

Et ne parlons pas de ceux qui souffrent mais pour lesquels la médecine n’a rien trouvé. J’ai ainsi plusieurs amis qui ont des maux bien réels mais méconnus. Ils se savent désormais à tout jamais étiquetés par la médecine comme  » malades imaginaires »,  » hypocondriaques  » pire, « fous ». Et grâce au dossier médical partagé, ils pourront être certains d’être accueillis comme tels dans chaque établissement de santé. Jusqu’au jour où on découvre que l’hypocondriaque avait une maladie bien réelle. Sachant que les connaissances en médecine ne cessent d’évoluer, je trouve ça bien léger. La médecine, hélas, part souvent de ce postulat: ce qu’on ne reconnait pas, n’existe pas. Ou si tu préfères ce qui n’est pas objectivé, est subjectif. Souffrance silencieuse pour une flopée de patients qui en développeraient presque une phobie médicale.

Alors je repense à tous mes proches et à mes patients qui ont eu des soucis transitoires psychiques ( dépression, burn out, bouffée délirante aigue …). Comment assumer face au corps médical qui aura souvent un a priori négatif quand il lira ce passage douloureux dans le dossier du patient ? à moins de l’avoir lui-même vécu ( et encore ) ou d’avoir été sensibilisé au fait que TOUT le monde peut connaître un jour un problème de santé psychique transitoire , le patient sera doublement pénalisé. D’abord dans sa prise en charge qui risquera d’être moins attentive ensuite dans un possible ressenti de malaise dans la relation avec le praticien. Il n’y a rien de pire pour le patient d’être éternellement condamné dans le regard de l’autre à revivre cette période car la présomption , ici, est que tôt ou tard, cette fragilité ressortira à nouveau. Quelle bêtise ! si tu as pris le soin de te faire aider dans un tel moment ou de comprendre ce qui a pu t’arriver, il y a peu de chance que tu rechutes et même si c’est le cas la rechute fait partie parfois d’un processus de guérison et elle n’est jamais aussi violente que la première crise.

Attention, je parle là de soucis psychiques mineurs et pas de pathologies psychiatriques lourdes et avérées qui ont nécessitées des hospitalisations à plusieurs reprises.

Dans une société où la valeur travail est associée à la solidité et à la stabilité, quand nous tombons malades, sommes-nous faibles ? sommes-nous coupables de l’être? sommes-nous fous de nous inquiéter de la suite ? Le dossier médical partagé est-il une version policée d’un grand S rouge de sorcier et sorcière brodé sur notre blouse d’hôpital? Ne parlons pas de la souffrance psychique.

Devrez-vous payer à vie dans le regard de vos soignants; la dépression, le burn out , même si vous en êtes remis?

Avoir une continuité dans le soin est nécessaire, c’est vrai. Mais en tant que soignante , je ne sais que trop bien que trop de choses se disent parfois sous le sceau du secret professionnel partagé. Le secret professionnel est devenu anecdotique au profit du secret professionnel partagé, vaste arnaque pour le patient, car même la secrétaire médicale de ton toubib peut voir si tu as eu des hémorroïdes.

Quand  on sait en plus qu’on ne peut demander l’effacement complet de ses données de santé ou qu’en tout cas il ne sera pas accepté, ça fait mal. Les droits de contrôle de sa propre image et à l’oubli se réduisent comme peau de chagrin et en matière de santé, ils sont devenus quasi-inexistants. Effrayant.

Lisenn

 

 

 

Comment pallier au manque de consultations d’urgence dans la souffrance psychique ? ( sans finir en psychiatrie)

Comment pallier au manque de consultations d’urgence dans la souffrance psychique ? ( sans finir en psychiatrie)

Des mes années d’expérience hospitalière me reste une passion bien particulière, celle pour la consultation d’urgence. Je ne me lasserai jamais de la consultation d’urgence tant elle peut poser des jalons cruciaux pour les suites de soins du patients. Il faut être très bon, solide, parfait, là pour ne pas passer à côté du patient. Ce type de consultations manquent à la pratique libérale.  Du coup, il y a une partie de l’engorgement des services d’urgence attribuable aux patients souffrant de crises d’angoisse qui ressemblent à s’y méprendre à des infarctus du myocarde ( et bon sang c’est vraiment pas drôle à vivre pour ceux qui ne savent pas ce que c’est).

Plus je m’offre du temps pour réfléchir aux conditions d’exercice du métier de psychologue, plus j’y vois un manque que ce soit pour moi ou pour le patient.

Un manque sur la plage horaire probablement la plus dure pour la majorité des patients angoissés; la nuit!

Quelle frustration en tant que praticien de voir certains patients arriver à leur consultation, la mine déconfite à cause d’une nuit sans sommeil. Les conséquences de nuits sans sommeil pouvant être même à court terme catastrophiques. Ils passent des nuits dans la solitude et l’angoisse les plus totales. Des services comme SOS amitié existent mais sont souvent saturés et/ou les patients décrivent une écoute légère qui parfois les plongent encore plus dans l’angoisse. L’ultime recours étant la consultation en urgence dans un service de psychiatrie , un procédé effrayant car il peut être difficile de gérer les conséquences de ce choix ( hospitalisation, image de soi entachée, impression d’être fou ou faible, difficultés de compréhension pour l’entourage).

Pendant mes études universitaires et aussi pendant ma supervision, l’utilisation du téléphone était raillée, décrédibilisée voire diabolisée par l’intégralité des professionnels probablement à cause de la nécessité d’instaurer un cadre sécurisant, physique et solide pour le patient. ce qi est totalement valide pour une psychothérapie sur un long temps. Mais quid de la consultation d’urgence en psychologie?

Certains services téléphoniques existent mais ils sont encore trop peu nombreux et devraient être uniquement dédiés à la consultation d’urgence et pas au suivi de patients sur des temps plus longs.  Il faudrait donc des services téléphoniques régionaux avec des intervenants locaux qui connaissent bien le tissu psychiatrique/ médical/associatif local pour pouvoir proposer aux patients une prise en charge optimale après la consultation d’urgence.

Même s’ils sont décriés ces services permettent probablement de limiter les tentatives de suicide et autres passages à l’acte nocturnes. Le téléphone permet une immédiateté souvent nécessaire dans l’urgence d’une crise d’angoisse parfois trop violente pour être gérée seul(e).

Et toi , t’en penses quoi de ce type de service ? tu t’es déjà dit dans un moment de détresse pour toi ou pour un proche que ça pourrait être une bonne alternative à la case psychiatrie et aux nuits de solitude à attendre que ça passe dans la douleur ?

à très bientôt,

Lisenn.

 

L’intransigeance, cet idéal solitaire.

L’intransigeance, cet idéal solitaire.

“Habileté vaut mieux qu’intransigeance.” Théognis

“Le cynisme, c’est connaître le prix de tout, et la valeur de rien !” Oscar Wilde.

Il est bien sûr nécessaire d’être intransigeant. Ne pas faire de compromis sur des actes et valeurs immorales, dangereuses, malveillantes, compromettantes que ce soit psychiquement ou physiquement. Sur ce point, nous sommes bien d’accord. Mais je vais te parler ici de l’intransigeance envers soi et les autres dans une mesure où l’on va exclure les faits évidemment graves dont le seul jugement appartient à la justice.

Je vais m’essayer ici à l’art d’écrire un article qui pourrait paraître intime mais qui ne l’est en réalité que très peu car on n’y retrouve pas d’ anecdotes personnelles, que les grandes lignes d’un changement au long cours. Comme on partagerait une vision plus qu’une histoire.

J’ai longtemps été intransigeante sans même m’en rendre compte. Je ne faisais aucun compromis. Je n’avais pas le choix dans ma construction subjective pour pouvoir tenir debout,  il m’a fallu des idéaux de vie extrêmement élevés pour palier à l’insécurité de mon début de vie. Le cynisme me semblait indissociable de l’intransigeance puisque les idéaux sont inatteignables, on s’inscrira dans l’auto-suffisance, l’abstinence, et la frugalité (valeurs prônées par le fondateur de l’école cynique, Antisthène).

Me libérer de ces idéaux a été d’une complexité sans nom tant ils étaient nécessaires à ma protection. Ils me permettaient de quitter avant de prendre le risque d’être quittée, d’aimer un peu mais pas trop et de ne donner que des miettes de moi à l’autre par peur qu’il ne me les rende jamais vraiment. Pour mon entourage, une impression d’être sur la sellette en permanence, prêts à être éjectés. Et c’était loin d’être faux.

A première vue, la société valide ces idéaux. Mais bien évidemment, l’essence même de l’idéal est qu’il est et doit être inatteignable sous peine d’exploser en plein vol. Ce qu’on appelle dans notre jargon, une décompensation.

Il y a un delta considérable entre ce que l’on pense vouloir de toute son âme et ce qu’on est vraiment prêt à recevoir des autres et de la vie quand on nous le donne.

J’ai donc refusé sans m’en rendre compte d’être aimée et je faisais en sorte que l’autre ( amour ou ami ) se détache de moi pour ne pas avoir à souffrir d’une rupture que j’aurais subie. Évidemment, il y a deux ou trois personnes à qui j’ai tout donné et qui avaient usé le gisement. Mais cette stratégie était encore une défense psychique. On donne aux  personnes que l’on sait mauvaises pour se prouver encore une fois qu’on a raison de ne pas s’attacher et de ne rien donner. On s’enferme dans le cynisme et l’humour noir. On ne croit plus en soi ni en l’autre et même si ça nous fait souffrir, ça nous arrange bien. L’autre doit être parfait et s’il ne l’est pas, la sanction est immédiate. Il est rejeté de notre vie. On oscille sans arrêt entre rudesse et laxisme ne sachant à quel moment on peut tolérer et excuser et à quel autre on doit poser un refus catégorique. On peut rester comme ça à vie dans une tour d’ivoire sans porte pour laisser rentrer l’autre et pour se laisser sortir. J’ai pourtant rencontré plus intransigeant que moi.

Quand on est psychologue/psychiatre/psychothérapeute ou quand on se destine à faire ce métier, on devrait avoir fait ou faire un travail d’introspection. Ce n’est pas obligatoire mais chaudement recommandé. C’est donc à 22 ans que je poussais la porte d’un psychanalyste pour affronter mes réalités et mes failles. 10 ans de travail de reconstruction, c’est à la fois long et très court. Tout a changé. Mais ce n’est qu’à la toute fin que les plus grands changements s’opèrent. Un tissage ou un tetris de pensées dont tu ne peux voir qu’au bout le dessin global que produisent ces réarrangements profonds.

Ce pas en arrière pour observer le tableau final est stupéfiant. Et là, tu peux enfin commencer à aimer vraiment, pleinement, sans retenue ni méfiance. Le temps de la préservation de soi cède pour faire place à quelque chose de beau. Tu te pardonnes et pardonnes à l’autre d’être humain et faillible. Tu apprends à discriminer ce qui vaut le coup de se battre, de ce qui n’est pas si grave. L’intransigeance fait place à la rencontre.

C’est fou comme on peut vivre des années avec certaines personnes sans les avoir réellement rencontrées. Et un jour, on commence à « voir » l’autre tel qu’il est, ce qui est nettement différent de le voir tel qu’on le voudrait. On découvre l’autre, beau, sensible, drôle. C’est effrayant de se dire que ce qu’on a cru vivre, était en fait de la survie.

Est-ce gnangnan ou cheezy ? J’aurais pu rire à la lecture d’un tel texte il y a encore quelques années. J’aurais pensé  » peut-on vraiment penser un tel tas de conneries? ». Je sais aujourd’hui que celui qui rira, sera resté dans sa colère, dans sa rancœur, dans sa moquerie. Rire d’une émotion de l’autre est toujours une façon de bloquer la sienne. Il faut se sentir bien seul pour railler les sentiments des autres. Car l’intransigeance offre avant tout une belle solitude. Rien n’est assez bien, l’autre est ridicule, on est ridicule. Et quand on essaie, on échoue parce que l’objectif est inatteignable. On ne veut pas de l’autre tel qu’il est car on refuse de se voir tel que l’on est.

Apprendre l’art du compromis a été difficile et douloureux à certains moments.  Il m’a offert une forme de sérénité qui me semblait impossible à atteindre.

C’était long mais ça valait vraiment la peine.

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Lisenn

Mon expérience déroutante de l’assessment center (centre d’évaluation).

Mon expérience déroutante de l’assessment center (centre d’évaluation).

Fin décembre 2016, j’ai été conviée à passer l’épreuve de l’assessment center par une société dont le siège est parisien. J’ai mis un peu de temps avant de réussir à formaliser mon opinion tant l’expérience était déroutante.

Le centre est organisé par Talent people, une société d’intérim du groupe Ergalis, grand professionnel de l’intérim. Ils recrutent pour développer leurs bureaux partout en France. Le recruteur, psychologue du travail, que j’ai eu au téléphone était sympathique et dynamique. Après un entretien téléphonique. Il demande directement un écrit (en plus de la lettre de  motivation et du CV) pour valider ma participation à l’assessment center. C’est bon, je suis prise. Je suis contente, le poste m’intéresse vraiment.

L’assessment center est un centre d’évaluation où l’on va te faire passer une série de tests pour voir si tu es THE candidat qu’il faudrait ( comme dans Officier et Gentleman mais en vraiment moins glamour). C’est un processus de recrutement utilisé par de grandes structures ou des professionnels du secteur.  Talent people se dit d’ailleurs spécialiste de ce type de pratiques.

Je m’y rends donc d’abord avec une grande curiosité d’expérimenter ce genre de protocole de recrutement. Novotel de Strasbourg, 9H00 du matin, buffet de viennoiseries. Nous sommes huit candidats. Au début, tous un peu gênés car peu habitués à l’exercice. Avec vingt minutes de retard, l’équipe de recrutement arrive. Je trouve ça extrêmement mal élevé d’autant que l’équipe ne s’excuse pas. Si l’un de nous avait été à ce point en retard, je suis certaine qu’il aurait été disqualifié d’office.

L’équipe de talent people est composée de quatre personnes. Deux psychologues du travail, la directrice régionale Alsace, et une personne dont je n’ai pas compris la fonction.

On nous explique qu’à partir de ce moment, les participants n’ont plus le droit d’échanger entre eux par peur qu’ils se donnent des informations. Super infantilisant et très informatif sur le rapport à l’humain de la boîte:  » Bouh s’entraider, c’est vilain ». Wow.

On nous explique qu’il y a trois salles et que nous nous retrouverons tour à tour dans différentes situations. On commence par le tour de table. Chacun doit se présenter en trois minutes. Une des psychologues chronomètre (oui-oui tu lis bien) et note notre temps. Là, je commence vraiment à me demander ce que je fais là.

On commence par me demander de me mettre devant un ordinateur pour des tests de QI simplifié et de personnalité pendant quarante cinq minutes. Étant dyscalculique, je sais faire des mathématiques appliqués à la réalité comme la comptabilité, les statistiques. Dès que c’est abstrait, c’est possible mais pas sans calculatrice. Le test de personnalité est une vaste fumisterie car qui va répondre à l’affirmation  » je n’aime pas partager avec les autres « : « cela me correspond tout à fait ». Il ne faut pas être un grand manipulateur pour savoir quoi répondre. La quiche de Talent People a oublié de brancher mon ordinateur, dix minutes pour le rebrancher et les résultats de mon QI faussés. Merci madame!

J’ai un premier entretien avec la psychologue du travail. Devant ses notes, jeune, mignonne, froide comme un glaçon et ça a l’air de tellement la blaser d’être là. Pas une expression faciale, rien … impressionnant.

Le deuxième entretien se passe avec la directrice régionale. Elle a beaucoup d’aplomb, semble lumineuse et dynamique. Entretien normal. Personne humaine face à moi.

Ensuite je dois plancher quarante cinq minutes sur un cas concret. Je dois faire un plan d’action.

Entre chaque test, nous avons envie de discuter ensemble avec les autres participants. Juste pour se dire  » comment ça va ? » ,  » tu as déjà fait ça ? ». Chaque fois, la gendarmette vient nous reprendre comme des gosses,  » pas d’échanges entre les participants ».

Je passe ensuite un test téléphonique, une simulation avec un client mécontent. Le psychologue du travail qui me le fait faire est le même que j’avais eu au téléphone. Il est humain, souriant…

Ensuite, dernière expérience, le fameux jeu collectif de l’île déserte. Il est 13:30, l’assessment center est fini. On nous fait part que nous devrions avoir une réponse dans la semaine. Nous quittons le Novotel et je dis avec humour à certains participants  » je ne sais pas si je dois te souhaiter d’être pris ou pas », réponse des intéressés  » c’est clair, je ne sais vraiment pas non plus ».

J’ai vraiment eu l’impression d’être infantilisée pendant ce centre d’évaluation. Je n’ai pas eu l’impression qu’on évaluait réellement mon potentiel sauf peut-être lors du cas concret sur le poste. Le fait de me retrouver face à de l’arithmétique m’a décontenancée, j’ai eu le sentiment d’être piégée.  J’ai vraiment eu l’impression que pour une entreprise et un groupe qui parlaient de RSE ( responsabilité sociale des entreprises) et de valeurs humaines sur son site, là, on n’y était vraiment pas du tout. Pourtant, le poste m’intéressait vraiment au départ.

 J’espère que celui ou celle qui sera retenu(e) ne souffrira pas trop . Parce qu’au final, les participants que j’ai rencontré, eux, avaient l’air vraiment sympathique. Mais ce qu’on a pu voir de la société qui recrutait à ce moment là, c’était carrément démoralisant.

L’assessment center, si c’est ça, ça ne casse pas trois pattes à un canard et ça n’évalue que très peu les compétences réelles du participant. On a tous eu l’impression de repasser le permis. Je dois te dire que ça m’a même fait peur de me dire que c’est ce à quoi j’allais avoir à faire aujourd’hui. Je suis complétement d’accord avec toute la mouvance du « serious game » qui veut évaluer les compétences réelles du candidat pour le poste. Je trouve que tester le collaborateur sur des cas qu’il rencontrera; c’est très bien. Aussi pour le collaborateur qui pourra aussi juger de son envie de faire partie de l’entreprise. L’idée est au top puisque ça permettrait de sortir de l’exercice conventionnel de l’entretien. Mais là, on n’y était vraiment pas.

Juger tes compétences réelles et humaines, cela devrait aussi permettre de juger ton envie d’échanger avec les autres. Et non pas de brider tes échanges pour ainsi fausser dès le départ ton rapport à l’autre. L’assessment center devrait être une occasion d’observer dans des situations réelles et non fictives. Et là, plus rien n’était naturel.

Quel drôle de monde est en train de devenir le marché du travail en France?

A très vite ,

Lisenn